Bahamas a déclaré le premier parc national du monde dédié aux hippocampes à Sweetings Pond, une lagune isolée sur l’île d’Eleuthera.
La réserve protège une des plus grandes densités de Hippocampus erectus enregistrées et ouvre ses eaux à des visites nocturnes contrôlées.
Le Parc National des Hippocampes a reçu sa déclaration officielle en 2023.
Cette reconnaissance légale protège un écosystème anchialin qui abrite des concentrations exceptionnelles de l’espèce, bien supérieures à la moyenne mondiale.
Bahamas : un écosystème isolé d’hippocampes
Sweetings Pond est un étang anchialin formé il y a environ 7 000 ans.
Il est isolé en surface, mais connecté à la mer par des infiltrations souterraines et sa profondeur maximale atteint 14 mètres.
Ainsi, cet isolement a créé des conditions uniques. Peu de prédateurs accèdent à l’étang et l’échange génétique avec l’océan ouvert est rare.

Pour cette raison, les hippocampes de cette zone des Bahamas ont développé des traits distinctifs : museaux plus longs et motifs corporels différents.
« Normalement, on ne distingue qu’un fragment« , a expliqué Heather Mason, écologue marine et physiologiste spécialisée en hippocampes.
« Une queue enroulée, parfois le museau. Le reste se fond avec l’environnement. Ce sont de véritables maîtres de la tromperie visuelle », a-t-elle ajouté.
Activité nocturne et bioluminescence
D’autre part, la recherche a révélé une intense activité nocturne qui était passée inaperçue pendant des années.
Dans cette zone des Bahamas, les hippocampes émergent à la tombée de la nuit, tandis que l’étang s’anime avec des poulpes, des crabes et des éclats de bioluminescence.
Mason étudiait des populations dispersées dans les Caraïbes, habituée à localiser un ou deux spécimens par jour.
Lors de sa première immersion à Sweetings Pond, elle a compté 16 individus. Des recherches ultérieures ont confirmé les densités exceptionnelles.
Le phénomène bioluminescent transforme chaque mouvement en une explosion de lumière.
Ce comportement a obligé à repenser ce que l’on savait sur l’écologie de l’espèce dans d’autres parties du monde.

Un écotourisme limité aux Bahamas et un focus scientifique sur les hippocampes
La protection légale a posé le défi de permettre l’accès au parc, mais sans dégradation. La réponse a été la prudence : très peu de gens, très peu de visites, beaucoup de contrôle.
L’accès unique fonctionne via un programme pilote développé avec The Cove Eleuthera.
Le Bahamas National Trust et la supervision directe de Mason garantissent le respect de protocoles stricts pour l’entrée des personnes :
- Groupes maximum de six personnes
- Séjours de quatre jours à partir de 2026
- Trois visites à l’étang : jour et nuit
- Conférences scientifiques et observation directe
- Revenus destinés à la conservation et au suivi
Lors des immersions nocturnes, remuer les sédiments représente une menace directe pour l’écosystème fragile.
Pour cette raison, les visiteurs doivent se déplacer avec une extrême prudence et utiliser des lampes de poche pour ne pas perturber le fond.
Le parc représente un laboratoire naturel sans murs où l’on observe l’évolution en temps réel.
La protection légale récente vise à garantir que cet écosystème unique reste intact à long terme.



