La population de loups en Italie est actuellement estimée entre 3 000 et 3 500 individus, un contraste notable avec la situation des années soixante-dix, lorsque l’espèce était au bord de l’extinction.
Cette résurgence a généré un débat croissant sur la cohabitation entre la faune sauvage et les communautés humaines, en particulier dans la région de Émilie-Romagne.
Observations urbaines et alarme sociale
Début janvier, une vidéo enregistrée à Pesaro est devenue virale en montrant un loup marchant dans une rue résidentielle. Dans les semaines suivantes, des dizaines d’observations ont été enregistrées dans des villes comme Rimini et Cesena, y compris des images de loups se promenant près des habitations et même une meute dévorant un chat en pleine rue.
Le 6 janvier, l’aéroport régional Fellini de Rimini a suspendu toutes les opérations après avoir détecté une meute de quatre loups près de la piste. Bien qu’un seul vol ait été affecté, le fait a mis en évidence l’ampleur du problème.
Causes de la présence en zones urbaines
Selon l’expert en faune Pier Claudio Arrigoni, les loups présents dans la région depuis deux ans ont été attirés par des lièvres déplacés de leurs habitats habituels en raison de la neige.
La scientifique environnementale Tania Bascucci, du service Wolf Help Desk, a indiqué que des sacs poubelles, des conteneurs et des croquettes pour chiens dans les jardins attirent également les loups vers les villes.
Risques et mesures de prévention
Les attaques contre les humains sont peu fréquentes, mais les loups attaquent chiens, moutons, chèvres et bétail, considérés comme des proies faciles. Les recommandations incluent :
- Garder les animaux dans des enclos fermés pendant la nuit.
- Construire des clôtures « antiloup » inclinées à 45 degrés pour empêcher l’escalade.
Cependant, ces mesures suscitent une résistance parmi les voisins, qui considèrent excessives les exigences de lever des clôtures hautes, d’électrification ou de garder les chiens et les chats confinés.

Débat social et politique
À Rimini, les voisins ont créé un comité d’“urgence pour les loups”, affirmant que la cohabitation est impossible et qu’ils doivent choisir entre un territoire pour les humains ou pour les loups. Ils soutiennent qu’il y a plus de 100 ans, les loups n’étaient pas présents et qu’à cette époque, les agriculteurs disposaient de chasseurs spécialisés pour les éliminer.
D’un autre côté, des organisations de conservation comme le WWF soulignent les avantages du retour du loup, indiquant que sa présence rétablit l’équilibre écologique et aide à contrôler la population de sangliers, qui a augmenté de manière dramatique.
Cadre européen et gestion nationale
Le Parlement européen a abaissé en 2025 le statut de protection du loup dans l’UE de “strictement protégé” à “protégé”, accordant une plus grande flexibilité aux États membres pour gérer leurs populations et réduire l’impact sur les communautés locales.
Cependant, les autorités d’Émilie-Romagne avertissent que le plan national de gestion en vigueur depuis 2002 ne reflète pas ce changement, ce qui complique la mise en œuvre de mesures adaptées à la nouvelle réalité.
Prochaines étapes
Fin janvier, les maires locaux, le commissaire de police et les Carabinieri (police forestière) se réuniront pour revoir la stratégie de confinement et définir des politiques permettant d’équilibrer la conservation du loup avec la sécurité des communautés rurales et urbaines.
Le cas des loups en Italie reflète la tension entre la récupération d’une espèce emblématique et les défis de cohabitation avec les populations humaines. Alors que certains secteurs réclament des mesures plus strictes, d’autres défendent la valeur écologique du loup. La discussion devient un symbole européen de la manière de gérer le retour de grands prédateurs dans un continent densément peuplé.



