Bolivie est devenue le centre de la paléontologie mondiale après la documentation du plus grand ensemble de traces de dinosaures connu. Plus de 16 000 traces, marques de nage et traînées de queue ont été identifiées sur le site de Carreras Pampa, situé dans le Parc National Torotoro.
Le travail a été réalisé par une équipe internationale entre 2019 et 2024, devenant l’un des enregistrements les plus complets du Crétacé supérieur. La diversité, la qualité de préservation et l’étendue du site le positionnent comme une référence mondiale.
La découverte a été publiée dans la revue PLOS One et a réuni des spécialistes d’institutions scientifiques de Bolivie et des États-Unis. Le résultat est un catalogue sans précédent de comportements, trajectoires et environnements préhistoriques.

Un site unique par son échelle et sa complexité
Carreras Pampa réunit 1 321 traces continues et 289 empreintes isolées totalisant 16 600 marques réparties sur neuf secteurs. La surface étudiée atteint 7 485 mètres carrés, avec une densité qui dépasse les cinq traces par mètre carré.
La diversité est l’un des points les plus remarquables. Théropodes, oiseaux primitifs possibles et d’autres groupes ont laissé des traces montrant une activité intense sur l’ancienne ligne côtière. La variété des tailles suggère la présence d’individus de différents âges.
La préservation exceptionnelle a permis de distinguer des styles et morphotypes révélant des interactions entre les animaux, la boue et l’eau. Cette qualité est inhabituelle même dans les sites les plus reconnus.
Comportements gravés dans la roche
Les traces permettent de reconstruire des schémas de déplacement qui n’étaient auparavant connus que par inférences. Les traînées de queue indiquent des zones de transit lent ou d’instabilité du substrat, tandis que les marques de nage montrent des moments où les dinosaures avançaient partiellement immergés.
L’étude reconnaît également des variations de vitesse et de direction des trajectoires, ce qui permet de comprendre la dynamique des groupes partageant un même espace littoral.
La présence associée d’oiseaux primitifs apporte des informations sur l’écosystème et la coexistence avec les dinosaures théropodes.
Technologie de pointe pour un enregistrement millimétrique
L’équipe a réalisé des campagnes de terrain pendant cinq ans, sous l’autorisation du Système National des Aires Protégées de Bolivie. Chaque empreinte a été documentée avec des photographies, des mesures et des scans tridimensionnels.
Les techniques de photogrammétrie ont permis d’évaluer la profondeur, l’orientation et l’usure. La modélisation numérique a aidé à classer les styles de préservation liés à l’humidité, à la composition du sédiment et à l’activité biologique ultérieure.
Les données statistiques ont également révélé des schémas bimodaux de vitesse et de direction, liés aux déplacements le long de l’ancienne côte.

Un patrimoine vulnérable nécessitant une protection urgente
Les chercheurs ont alerté sur le risque d’érosion dans la zone. Les pluies et les cours d’eau menacent l’intégrité des traces, c’est pourquoi des travaux de déviation et de conservation ont été recommandés.
Les autorités du Parc National Torotoro ont déjà commencé des interventions pour atténuer l’érosion et garantir que cet archive naturel reste accessible pour la science.
La valeur paléontologique fait de Carreras Pampa un site clé pour comprendre les écosystèmes du Crétacé et la diversité des comportements des dinosaures.
Quels enseignements apportent ce type de découvertes
Les sites de traces fournissent des informations uniques que les fossiles osseux ne peuvent pas toujours offrir. Les empreintes permettent de reconstruire des comportements en mouvement, tels que les vitesses, les trajectoires et les dynamiques de groupe.
Les marques de nage révèlent comment les animaux interagissaient avec les plans d’eau et comment ils adaptaient leur locomotion à différents niveaux de profondeur. Les traînées de queue enregistrent des moments de contact prolongé avec le substrat qui apportent des clés sur la stabilité, les postures et les déplacements.
Ces ensembles multiples permettent d’étudier la coexistence entre espèces, la présence de jeunes aux côtés d’adultes et la structure écologique d’environnements côtiers disparus il y a des millions d’années.



