Visiter le Phare Isla Leones est bien plus que d’atteindre une structure isolée sur la côte de Chubut. L’aventure commence par la navigation à travers le Parc Patagonie Bleue, entre îlots et faune marine qui annoncent la rencontre avec l’un des monuments les plus emblématiques et solitaires de la région.
En descendant de l’embarcation, le visiteur s’immerge dans un environnement intense : l’odeur pénétrante de la mer, le vent constant et le son de la colonie d’otaries qui gardent la côte.
Du papier à la réalité
Le guide touristique Juan De Franco, spécialiste de l’interprétation du patrimoine, a d’abord découvert le Phare Leones à travers des documents historiques, en le choisissant comme sujet de sa thèse universitaire. Le destin l’a ensuite conduit à travailler sur le même site qu’il avait étudié à distance.
Sa première visite lui a révélé l’essence du lieu : silence et isolement absolu. « Ce n’est pas un endroit où l’on arrive en marchant ni par hasard, les gens qui arrivent au phare le cherchent », explique-t-il.
La vie au bout du monde
Le parcours vers la tour fonctionne comme un voyage dans le temps. La carte postale du géant de fer face à la mer se transforme en une histoire humaine lorsque l’on découvre les détails quotidiens des anciens gardiens de phare :
- Gouttières et réservoirs d’eau qui témoignent de l’adaptation pour survivre sans eau douce.
- La structure rouillée qui inspire le respect pour le défi d’habiter un îlot extrême.
« Là, il se produit un déclic et le phare cesse d’être une carte postale pour devenir un témoignage de la vie et du travail dans l’un des endroits les plus durs de la Patagonie », raconte De Franco.

Une beauté fragile et urgente
L’état actuel du phare ajoute du drame à la visite. La corrosion avancée et la détérioration structurelle montrent sa fragilité. L’escalier en colimaçon qui menait à la coupole est fermé en raison du risque d’effondrement, empêchant d’accéder à la vue qu’avaient les gardiens de phare.
« La principale caractéristique distinctive du phare est sa fragilité. C’est un site de patrimoine historique fondamental dans la navigation patagonienne et aujourd’hui il se trouve dans un état de détérioration très avancé », avertit De Franco.
Conservation et mémoire collective
Depuis la création du Parc Interjuridictionnel Marin Côtier Patagonie Australe (PIMCPA), l’Isla Leones est sous sa juridiction, tant pour la faune qu’elle abrite que pour la valeur historique du phare. La conservation dépend également de la communauté locale et de groupes comme les Amis du Phare, qui travaillent pour maintenir vivante sa mémoire.
Pour De Franco, préserver la ressource est vital : « Si cela ne se produit pas, non seulement la structure sera perdue, mais aussi une partie de la mémoire collective de la région ».
Identité et paysage
Le Phare Leones relie l’identité côtière de Chubut à la biodiversité marine du Parc Patagonie Bleue. La lumière du jour et, surtout, celle du coucher de soleil, intensifient l’expérience : le soleil se reflète sur le métal et la mer change de couleur, créant une carte postale unique.
Découvrir l’Isla Leones, c’est marcher à travers l’histoire vivante de la navigation australe, dans un environnement sauvage qui résiste intact. La visite invite à découvrir un patrimoine fragile et urgent, dont la préservation est essentielle pour maintenir la mémoire et l’identité de la région avant que le temps et le vent ne finissent par le réclamer.



