Le gouvernement du Brésil a décidé d’impliquer directement le système bancaire dans la lutte contre la déforestation de l’Amazonie et d’autres biomes. À partir du 1er avril, les banques qui accordent des crédits ruraux subventionnés devront vérifier dans la base de données officielle Prodes si la propriété demandeuse a enregistré des abattages depuis 2019.
La mesure transforme chaque directeur de banque en un inspecteur indirect de la déforestation, comme l’a expliqué Andre Lima, du ministère de l’Environnement. Si l’abattage détecté ne se situe pas dans le pourcentage légal autorisé, le producteur agricole ne pourra pas accéder au crédit subventionné.
La portée de la norme
La disposition concerne environ 53 milliards de dollars, soit un tiers du crédit rural brésilien. Une étude de la Climate Policy Initiative a révélé que près d’un cinquième des crédits subventionnés entre 2020 et 2023 ont été accordés à des propriétés récemment déboisées.
Les banques ont soutenu la mesure, la considérant comme un mécanisme de sûreté juridique qui réduit les risques de défauts de paiement. En revanche, le lobby agricole et la Confédération de l’Agriculture et de l’Élevage (CNA) ont critiqué la norme, alléguant de possibles faux positifs dans les images satellitaires.
Technologie satellitaire comme outil de contrôle
Le système Prodes, opéré par l’Institut National de Recherche Spatiale (INPE), utilise des satellites qui photographient des parcelles de trois mètres tous les 16 jours, permettant une surveillance constante de l’Amazonie et d’autres biomes.
Grâce à cette surveillance, le dernier bilan annuel a montré que l’Amazonie a perdu 5 796 km² de végétation native, soit 11% de moins que l’année précédente. Depuis le retour de Luiz Inácio Lula da Silva au pouvoir, la déforestation a été réduite de 50%, renforçant la promesse de l’éliminer complètement d’ici 2030.

Contexte international
La mesure s’inscrit dans un contexte mondial de pression croissante :
- L’Union Européenne prépare une loi qui interdira des produits tels que le cacao, le café, le soja, la viande bovine, le bois et ses dérivés s’ils proviennent de zones déboisées. Son entrée en vigueur est prévue pour fin 2026.
- Le Brésil et le Mercosur ont conclu un accord commercial qui entrera en vigueur en mai, ce qui renforce la nécessité de respecter les normes environnementales pour maintenir la compétitivité internationale.
Leadership politique et environnemental
Le président Lula a de nouveau placé Marina Silva à la tête du ministère de l’Environnement et du Changement Climatique, qui, déjà dans les années 2000, avait réussi à réduire drastiquement l’abattage illégal. Sa gestion a été essentielle pour repositionner le Brésil comme acteur central dans la lutte contre le changement climatique, après le recul environnemental vécu sous le mandat de Jair Bolsonaro.
L’incorporation des banques comme contrôleurs marque un changement structurel dans la politique environnementale brésilienne. La mesure vise à bloquer le financement des activités illégales et à garantir que les ressources publiques soient destinées aux producteurs responsables.
Dans un contexte de pression internationale et d’engagements climatiques, le Brésil mise sur la combinaison de la technologie satellitaire, de la réglementation financière et de la volonté politique pour atteindre l’objectif de zéro déforestation en 2030.



