Plan pour éliminer 2 000 cerfs mulets sur une île des États-Unis relance le débat sur la conservation et la légitimité sociale

La Autorité de la Pêche et de la Faune de Californie a approuvé un plan de restauration sur l’île de Santa Catalina, au large de la côte de Los Angeles, qui prévoit l’élimination progressive de presque toute la population de cerf mulet introduite au siècle dernier à des fins cynégétiques.

La proposition, promue par l’organisation à but non lucratif Catalina Island Conservancy, propose de destiner la viande obtenue au Programme de Récupération du Condor de Californie, comme source de nourriture naturelle pour cette espèce en danger d’extinction.

Débat sur la conservation et la légitimité

La décision rouvre un débat classique dans la gestion des îles avec faune introduite : jusqu’où doit aller la conservation lorsque la mesure la plus efficace est aussi la plus contestée socialement.

Catalina applique depuis des années une chasse régulée et un contrôle de la population, mais la Conservancy soutient que le rythme d’extraction n’a pas réussi à freiner la pression sur la végétation native ni l’avancée des plantes invasives. Par conséquent, il est envisagé de passer d’un contrôle annuel à une stratégie d’éradication totale.

Stratégie d’exécution des cerfs mulets

Le plan approuvé écarte, du moins pour l’instant, l’option la plus controversée : la chasse depuis des hélicoptères. À la place, des spécialistes seront déployés au sol avec des fusils, sous des protocoles de sécurité, ce qui prolongera le processus sur plusieurs années.

Parmi les arguments officiels figure également la réduction du risque d’incendies de forêt, car la dégradation de l’habitat favorise les espèces pyrophytes qui augmentent la vulnérabilité du paysage.

cerfs mulets
L’élimination des cerfs mulets à Santa Catalina fait partie d’un plan pour aider le condor de Californie

Critiques et opposition sociale

La superviseure du comté de Los Angeles, Janice Hahn, a qualifié le plan de “drastique” et “inhumain” et a demandé de reconsidérer l’autorisation. Hahn a averti que la disparition soudaine d’un grand herbivore pourrait avoir des effets contre-productifs sur le risque d’incendie, en laissant une partie de la broussaille sans contrôle. Elle a proposé des alternatives telles que la relocalisation ou des programmes de contrôle reproductif, bien que la Conservancy ait répliqué que ces options présentent des limites pratiques, sanitaires et économiques dans un territoire insulaire.

L’opposition s’est cristallisée en campagnes publiques et pétitions pour arrêter l’éradication, dans une coalition qui réunit des sensibilités animalistes et des secteurs liés à la chasse récréative. Pour de nombreux résidents et visiteurs, le cerf s’est intégré dans l’“image” de l’île, bien qu’il ne soit pas autochtone.

Arguments en faveur

Les défenseurs du plan l’inscrivent dans une logique de restauration écologique à long terme, similaire à celle appliquée sur d’autres îles du canal de Californie, où le retrait des espèces introduites a permis de récupérer des communautés végétales et d’améliorer les conditions pour la faune endémique. La Conservancy soutient que l’élimination du cerf est l’étape la plus difficile, non seulement en raison de sa complexité logistique, mais aussi en raison du consensus social qu’elle nécessite.

Pour amortir l’impact, une dernière saison de chasse récréative limitée aux résidents à l’automne 2026 est prévue, avant de commencer le déploiement progressif du programme d’éradication.

Un sacrifice avec un but régional

La discussion de fond ne porte pas uniquement sur le “comment”, mais sur le “pourquoi”. Le plan lie le retrait du cerf à la récupération des habitats natifs et au soutien à l’alimentation du condor californien, une espèce emblématique dont la survie dépend de programmes de gestion intensive. Transformer l’extraction en une pièce de l’engrenage de récupération du condor est à la fois un argument écologique et un message politique : un sacrifice local qui alimente une conservation régionale.

Le cas de Santa Catalina reflète les tensions entre la conservation écologique et la perception sociale des espèces introduites. Alors que les défenseurs du plan le voient comme une mesure nécessaire pour restaurer la biodiversité et soutenir le condor californien, les critiques le considèrent comme un acte inhumain et risqué. La décision finale marquera un précédent dans la gestion de la faune exotique sur les îles et dans la manière de concilier objectifs environnementaux avec sensibilités sociales.

Compartí esta nota

Dernières nouvelles

Te pueden interesar
Te pueden interesar

Retour réussi à la mer d’un éléphant de mer à San Clemente del Tuyú après sa réhabilitation

Un spécimen juvénile de Éléphant de mer du Sud...

Corrientes célèbre la naissance du 50e jaguar en liberté, un retour historique dans le Parc National Iberá

La Fondation Rewilding Argentina a annoncé la naissance d'un...

Des organisations environnementales de Mendoza lancent une campagne pour demander la fermeture du serpentarium de la province

Une nouvelle campagne menée par des organisations environnementales a...